L’oblique

En passant

La raison est l’art des détours, la conduite de l’erreur. Elle use de la vérité comme d’un raccourci utile un moment : le chemin droit est une erreur que l’on prend trop longtemps. Il n’y a aucune connaissance, si certaine soit-elle, qui n’ait été plusieurs fois dans son histoire, déplacée, transférée, décalée, dérivée d’autres connaissances, si bien que le corpus le plus solide de nos vérités actuelles n’offre cependant aucun fondement possible à je ne sais quelle certitude de l’esprit. Même les vérités les plus massives, les plus lourdes (les premiers principes, les thèses inamovibles), n’ont cessé d’être en mouvement et de changer de place dans le temps.

Il existe une philosophie du voyage, de l’errance, qui emprunte encore la voie de la raison. La vérité s’y rencontre comme halte, étape ou obstacle.

No Man’s Land

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No man's land. Thierry DeckerLa Renaissance vit s’affirmer, entre les Empires et les Cités, un étrange monument, à l’ombre duquel nos actes politiques s’affairent encore. Nombreuses furent les tentatives juridiques, aux XVIIe et XVIIIe siècles, pour établir, mesurer, modifier l’architecture, solidifier ou saper les fondements de cet édifice qui se fit progressivement connaître sous le nom d’État. Ce fût l’âge des Constitutions. La plus fameuse de ces tentatives, largement commentée, critiquée et remodelée aux siècles suivants, est aujourd’hui connue sous le nom de Droit Naturel. À travers l’élaboration de règles de droit, plus fondamentales, plus générales, plus resserrées en nombre que celles des droits positifs, il s’agissait pour les philosophes magistrats qui en établissaient la doctrine d’accomplir trois choses : faire reconnaître la supériorité de l’État en de nombreux domaines (civils, moraux, religieux) afin de limiter les effets des divisions et des conflits entre les hommes ; lier la puissance de cette institution à un ensemble de tâches qui lui assignerait des fins immanentes : assurer la sécurité de ses membres, accroître son trésor, protéger ses frontières, etc. ; rendre légitime et donc acceptable l’établissement de grandes territorialités politiques qui puissent réaliser ces fins. Continuer la lecture