L’histoire du monde

En passant

D’aventure

Il fut un temps où les voyageurs s’émerveillaient de tant de luxe, de variété, d’abondance, ramassés dans ces lieux qu’ils trouvaient d’aventure, qu’un monde nouveau s’ouvrait à chacun, ou presque, de leurs pas. Il n’y avait qu’un monde pour contenir autant de richesses. Pour rivaliser, même en réduction, avec l’immensité du cosmos.

La loi, la raison

Chez les Grecs, nous dit-on, la loi, impersonnelle et extérieure aux désordres des hommes, mettait à l’abri la raison. Elle y trouvait son lieu sûr. Quand la raison passa-t-elle dans le monde ? Quand l’œuvre de Dieu se dédoubla : ici en ouvrage des prophètes, le livre saint, là en ouvrage de la nature, le livre galiléen. Le monde eut sa loi. Et la raison, sa nouvelle demeure. Bientôt une inversion se produisit : l’ici s’éloigna, le là s’approcha ; le monde fut désormais plus près de nous que ne l’était le livre des livres. De son abri politique, la raison se réfugia vers la science. Au milieu des écarts, des exceptions, des aberrations, elle voyagea dans la loi.

Se détendre en surface

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Du moment qu’on est censé, vous et moi, habiter notre corps, celui-ci ne peut plus se cantonner aux tissus et volumes du seul organisme, celui que la vie nous a donné, celui que scrutent et transpercent les médecins. Oui le corps habité s’ouvre, dès lors, à bien d’autres espaces : chambres, caves, maisons, cités, vallées, lacs. Chacun les siens. Sur la terre, dans les airs, la peau se détend, se déploie. Les limites de ce qui nous environne bougent, se déplacent, vrillent, oscillent, tremblent. Tout ce par quoi nous démêlons, filtrons et clarifions ce qui nous est intérieur, de ce qui ne l’est pas, devient une peau : pellicule nouvelle. Telles sont les fenêtres, les portes, les murailles, les pentes, les plages de cailloux. Tels sont les livres aussi. Griffonnés de signes qui nous font passer outre, ou qui nous traversent. Arrivant sur les lieux de son choix, on ne dit plus, je suis là, vraiment là, où s’ouvre à mes pieds la vallée, ma vallée. Non, pour un jour, pour une nuit, pour toujours : je suis cette vallée… jusqu’au retour des glaciers.

Un cœur de pierre

En passant

Se créer l’espace et le temps nécessaires à la création est ce qu’il y a de plus dur, de plus difficile, pour un artiste. Là se trouve la matière, là se fourbissent les armes de la création. S’y montre aussi le point où l’œuvre se fond dans la vie. Dès lors, quand heures et recoins se présentent, il faut prier de ne plus avoir le cœur tendre.