Un ethnocentrisme appliqué

En passant

Au milieu des objets nouveaux que nous leurs présentions, nous n’avons jamais réussi à fixer deux minutes de suite l’attention d’aucun d’eux, disait Bougainville des Tahitiens qu’il côtoyait depuis quelques jours à peine. Tout les frappe, rien ne les occupe, affirmait-il : il venait de définir exactement l’absence de regard. L’impossibilité, d’abord, d’anticiper ou de prévenir ce qui vous saute au visage ; l’impuissance, ensuite, à retenir ce qui vous passe sous les yeux et s’éloigne déjà. Aucune garde ou mise en garde possible.

Fine observation pourrait-on déclarer bien que celle-ci n’avait rien d’ethnographique et notait plus vraisemblablement une des attitudes typiques survenant lors de ce genre de rencontre : des hommes nouveaux, l’un à l’autre, se font face et il y a tant à voir, subitement, qu’ils en perdent, l’un et l’autre, tout regard. Ce serait donc sur le visage d’autrui que cet étonnement ou cette curiosité que l’ethnologie a mis au principe de sa pratique aurait d’abord été découvert – avant d’être ensuite, vers soi, réfléchi. Ce serait les autres, par leur attitude, qui nous auraient montré comment il était nécessaire de les aborder, eux et leur monde, pour mieux les connaître.

Sauf que dans la même situation, les Européens ne semblent jamais cesser, eux, d’observer, de garder tout ce qu’ils peuvent en mémoire. C’est que, peut-être qu’à la différence de leurs alter ego, ils approuvent plus facilement, ils acceptent comme un droit que tout les regarde. Où qu’ils aillent, regardez, les êtres et les choses se tournent vers eux, comment ne seraient-ils pas, alors, le centre du monde

Elisez vos trouées

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    Et toi ?
— Je cherche des vérités obscures : pas de celles que l’on cache et qu’il faut débusquer ; pas de celles qui se retirent à mesure de nos longues avancées ; non, mais ces vérités noires, effondrées, implosées, qui avalent le monde par une bouche dont on ne sait pas même dans quel corps elle peut bien se situer.

Un cœur de pierre

En passant

Se créer l’espace et le temps nécessaires à la création est ce qu’il y a de plus dur, de plus difficile, pour un artiste. Là se trouve la matière, là se fourbissent les armes de la création. S’y montre aussi le point où l’œuvre se fond dans la vie. Dès lors, quand heures et recoins se présentent, il faut prier de ne plus avoir le cœur tendre.