Un cœur de pierre

En passant

Se créer l’espace et le temps nécessaires à la création est ce qu’il y a de plus dur, de plus difficile, pour un artiste. Là se trouve la matière, là se fourbissent les armes de la création. S’y montre aussi le point où l’œuvre se fond dans la vie. Dès lors, quand heures et recoins se présentent, il faut prier de ne plus avoir le cœur tendre.

Musique de synthèse

En passant

Il y eut une musique de sons hors partition, symphonie d’éléments : sacs, ressacs, clapotis, ruissellements, craquements, plissements, grondements, éclatements. Il y a eu, il y a encore une musique faite d’innombrables bruissements venus des corps vivants : mugissements, bourdonnements, sifflements, soupirs, vagissements, gémissements, râles. Peut-être les musiques électriques ont-elles fait entendre sur les disques et ailleurs le bruit mêlé, mieux ! fondu, synthétique, des machines et des corps, ne distinguant plus qui de l’un ou de l’autre fait tel ou tel son ?

Guerre des mémoires IV

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Quelle était la forme la plus simple et la plus quotidienne sous laquelle, pendant plus d’un siècle on a pu vivre l’histoire ? Le progrès. « On croyait que demain serait mieux qu’aujourd’hui, et après-demain mieux qu’hier. On avait un avenir. Et un passé. On avait tout ce qu’il nous fallait! » Margarita Pogrebitskaïa, médecin, interviewé par Svetlana Alexievitch, La fin de l’homme rouge ou Le temps du désenchantement, 2013. L’Histoire se donnait dans cet enchaînement des jours, dans cette chronique intime des veilles et des lendemains. Erreur d’échelle que de croire la mémoire personnelle et l’Histoire anonyme ou collective. Celle-ci, en ce temps-là, assemblait la mémoire. Et quel que soit le régime.