Le démantèlement impulsif de la scène

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Mille et unes façons & fictions de faire disparaître les parois qui assourdissent l’émotion du rock’n’roll. Récits ambigus.

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Rock Garage

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La cave, pensa leur visage. D’accord pour une répétition de plus, à condition que ce soit la dernière. Juste : une fois qu’on est lancé dedans, il n’y a plus fin, ni recommencement. Les journées n’existent plus, les nuits n’interrompent plus rien, on doit faire avec un monde d’étoiles, de sueur et de bruit, et on ne peut plus s’arrêter, même quand on joue pour des vies entières.

Déjà, après quelques marches, il sentait la fraîcheur repoussante des parois humides. Puis très vite il revit les images, les pochettes, les unes des magazines, des rainures noircies entre les carreaux, des coulées de pluie dégoulinant sans faillir depuis des années sous la voûte, ruissellement sombre et vert qui refusait de tarir. Il entendit à nouveau Black Sabbath faire saturer la radio, les voyait comme chaque groupe avant eux, après eux, descendre dans la noirceur, quitter la lumière à tout jamais – éclatants et obscurs. Nos aînés avaient quitté la surface du jour, se disait-il, ils s’étaient refugiés dans les caves, les abris, les garages, et y avaient pour la plupart disparus. On pouvait les sentir dans l’humidité des sous-sols, on pouvait les entendre hurler leurs jeunesses futures et passées.

Le rock garage peut être une issue. Un escalier glissant vers un plus d’existence.                                                                                           Le garage c’est des nuits sans limite où il n’y a rien d’autre à faire qu’à jouer et s’époumoner.                                            Perdre sa voix. Se faire musique.                               Des nuits où y a plus rien d’autre qui vaille.                                      

                                                                        

Chercheur en sciences sociales : problème d’égo

Mis en avant

Ce qui est très dommage quand un chercheur en sciences sociales fait étalage des déterminations diverses : historiques, géographiques, biologiques, culturelles ou sociales, qui circonscrivent son travail, c’est-à-dire qui le cernent, et qui s’avèrent alors, de fait, comme des a priori – ses a priori les conditions concrètes de son questionnement, c’est qu’il en fait tout de suite des contingences individuelles et embarrassantes. Or, c’est une erreur. Et de celles qui ne mènent pas loin. Qui font plutôt tourner en rond. Car ces conditions sont des chances méthodologiques données à chacun et à plusieurs. La limite est aussi bien clôture qu’elle est seuil. Si vous êtes une femme, née dans le champenois, que vos premières amours datent de l’époque de l’arrivée sur les ondes des premiers synthétiseurs, que vous êtes plutôt pour la crémation, que vous n’avez pas d’enfants mais beaucoup d’amants, et que vous vivez en appartement : sachez que c’est peut-être pour la première fois qu’un tel « profil » humain (à la fois historique, géographique et social) va pouvoir s’exprimer sur la société tel qu’il la connaît, tel qu’il expérimente. C’est, en quelque sorte, une association qui se retrouve à l’épreuve d’une autre. Car ce moi pas du tout haïssable que vous êtes (et cessez d’être tout le temps – car nous ne sommes pas homogènes) cette singularité que vous invoquez à outrance est aussi un ensemble culturel. Un ensemble peut-être inédit, peut-être jamais effectivement réalisé – qui a vu des groupes humains se réunir exclusivement sur les critères qui viennent d’être mentionnés ? – et qui pourtant, n’aurait-il jamais donné lieu à une seule société dans le monde, resterait néanmoins d’un intérêt supérieur pour toute recherche sur le fait d’être humain. Nous sommes humainement parlant, par toutes les déterminations plus ou moins compatibles que nous rassemblons et que nous connectons, des expériences vivantes et singulières d’association. Comment une ou un sociologue ne sauterait pas sur une si belle occasion : faire de son cas le lieu d’une parole dédié au lien qui l’associe aux autres et fait qu’ils existent ensemble ? Est-ce un nœud, une bride, une attache, une chaîne, un fil, une racine, une union ? Est-ce une suite, un cordon, un carcan, un joug, une liaison, une fréquentation, une bande, une accointance, une obligation ? Et quoi d’autre encore que la langue de communication ne dit pas.

Problème, bien sûr, c’est que les profils de chercheurs en sciences sociales sont  sociologiquement, culturellement, générationnellement (dans un sens très large) assez bien harmonisés, c’est-à-dire homogénéisés, et les singularités qui nous font pas toujours prises en compte. C’est à impliquer soi, sang et eau, corps et âme, parents et enfants,  ciel et terre que l’on doit les plus belles réussites scientifiques. Il ne s’agit pas encore de dire que les sciences humaines ne sont pas des sciences, mais que dans le travail de recherche mené dans les institutions, la science produite est rare. Ingéniérie savante à faible rentabilité, d’investissements de long terme, à haut partage de valeur, mais qui ne s’appuie pas nécessairement sur l’Utile.

— Alors quoi, c’est de la recherche pour la recherche, de la connaissance pour la connaissance ? Et on doit débourser pour ça ?!

— Oui, on doit payer, dans une société, pour qu’un maximum de voix puissent s’entendre. Après, qu’elles ne le fassent pas, c’est la démocratie. Les sciences humaines sont une pratique résolument démocratique, structurellement liée à l’exercice de la démocratie. Elles font toujours apparaître des peuples, des civilisations, des pays, des genres, là où on ne l’attend pas (et sans bien sûr oublier toute la conformité, la contrainte, la soumission qu’il faut parfois, trop souvent, pour que ceux-ci se produisent).