Océan

En passant

Nous qui de naissance savons tous les mensonges exotiques et la déception des tours du monde (ayant tout vu, dans un espace de plusieurs lieues de chefs-d’œuvre, par les yeux de notre esprit et les yeux de notre visage), nous allons, simplement, au bord de l’Océan, où ne persiste plus qu’une ligne pâle et confuse, regarder ce qu’il y a au-delà de notre séjour ordinaire, c’est-à-dire l’infini et rien.

Mallarmé, Correspondance

La nature couronnée

En passant

Crown by Shaer AhmedPeut-être était-ce cela le spectacle du sublime, la mise en scène d’une nature déchaînée capable d’engloutir ou d’écraser l’homme, un théâtre qui ne moquait en fait que la terreur de ce dernier, inquiet devant l’ampleur nouvelle des forces qu’il venait d’acquérir et trouvant là un moyen d’en jouir en toute tranquillité. Se retirer ainsi pour laisser paraître la souveraineté de la Nature (mais s’avancer en même temps au plus près pour s’incliner devant sa majesté, pour lui rendre hommage) était peut-être la façon romantique de mettre fin au règne de l’Homme (tel que le rêvait l’âge classique, comme un empire dans un empire), préparant dans le même temps, mais plus discrètement, la venue d’une nouvelle souveraineté humaine, plus sombre, plus laide, plus destructrice, que seul un lot de nature préservée pouvait encore consoler et maintenir auprès d’une certaine beauté.

Je suis un peuple en mouvement

En passant

Chacun appartient à un peuple sans terre, un groupe de corps vivants ayant pour caractère (imperceptible le plus souvent) une compréhension intuitive de l’espace et du temps. Il semble, pour ma part, que ce soit l’espace du retrait et de l’isolement qui me guide, tandis que le temps qui m’emporte serait plutôt celui de la veille : vigilance tardive autant que fuite dans l’antécédence obscure de l’avant. À partir de là se décident nos mouvements et nos déchirements ; le sort de nos rencontres ; le cas de nos évitements. À chacun de nos pas s’accomplit un voyage auquel survient un naufrage.