Visage nu

En passant

S’il y a une existence de l’âme, ce n’est autre que celle du visage. Or, comment imaginer l’équivalent d’une mort, du moment que l’atteinte au visage devient une des principales blessures du corps ?

Le visage regarde la mort. Ce qui veut dire que le visage a toujours la mort en face. Ou plutôt que le visage est toujours sous le regard de la mort. Chaque atteinte au visage est mortelle car déjà le visage est placé sous le regard de la mort. Chaque atteinte touche au crâne. Et ce regard, que les images romaines et chrétiennes dévoilent, que les images modèlent au dehors, se trouve constamment pointé, fixé, sous le visage, derrière lui. Les images recouvrent la surface du crâne, y dénudent un visage. Le regard de l’image transperce le visage que seule la mort, transmuant celui-ci en masque, fait ressortir sur les reliefs du crâne.

Regarder une image, c’est prendre le risque d’y perdre un visage.

Evidence

Citation

Dante voyait dans l’homme un animal instable et variable. On voit bien que ceux qui lui cherchent une nature pour lui assigner une constance, et y ramener toutes ses fantaisies, ne font qu’énoncer un postulat et non une évidence. Comment peut-on voir et ne pas voir des choses comme celles-là ?

Au fond de l’oeil

ınvagınatıon nεolıbεralε du prıncıpε d'ıncεrtıtudε catamnεsıquε . . by Jef SafiL’imagination qui jusque-là passait confusément pour la puissance par laquelle, et dans laquelle, on trouvait à se couper du  monde – pour s’isoler ou se retirer dans son corps, dans sa tête – s’est réalisée avec et dans la photographie. C’est dans le geste même par lequel on prend une photo (la tête que l’on cache sous le voile noir, l’œil que l’on fait disparaître derrière l’objectif, les chambres noires qui en jalonnent tout l’appareil) que l’on simule, ou donne l’impression, de faire sortir ce qui se cache dans la boîte crânienne. La photographie, à sa naissance, réalisa l’imagination en tant que telle. Non seulement elle fit prendre conscience du statut de cette nouvelle image à laquelle désormais on faisait référence comme un élément du réel mais elle convertit également en chose manipulable cette imagination qui n’existait auparavant – du moins le supposait-on – que dans nos têtes. C’est en simulant des prises de vue directement extraites de cette boîte noire que l’appareil et l’acte photographique ont réalisé et fondé cette continuité étrange entre le réalisme le plus poussé (jusque dans l’immédiateté du geste de prise de vue négligeant tout moyen et délai artistique) et le fantastique. La photographie est l’hallucinatoire actuel.

Serait-ce la même chose pour les clichés ? Le fond de l’œil nous serait-il donc devenu accessible ?