Auto-Discipline

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#1

Dans les couloirs, les salles, les boîtes crâniennes, une sirène venait de retentir. Les cloches d’hier avaient fondu dans je ne sais quel sauvage incendie du temps. Ulysse n’aurait su quoi faire. Une frénésie électrique soudaine impulsaient nos mouvements. C’était l’heure : nous courions. On ne donnait plus l’appel mais l’alarme. Une stridence… L’ordre avait enfoui le cri de ses commandements dans un signal sonore. Impulsions-réactions, excitations-réflexes, stimuli et réponses guidaient chaque soir ces petits rats intelligents vers leur issue à coup sûr au milieu des grilles et des jambes. — Pas d’inquiétude, demain les reverrait reprendre le chemin de leur cage. Punition/récompense. Depuis, je n’ai plus supporté la moindre sonnerie de téléphone.

Un premier départ

En passant

Ce n’est pas du tout le même regard qui s’exerce quand vous vous tenez au milieu de tant de singularités qu’elles vous sautent aux yeux et vous ravissent, vous émerveillent, et quand, au contraire, les singularités se font plus rares, même se cachent, au point qu’il faut aller les rechercher, les découvrir, se frayant comme on peut un passage dans l’épaisseur de cet espace désert. Une telle voie se lit aussi bien dans le parcours d’un regard que dans la trame d’un récit. Le long de cette même courbe invisible s’expérimente le premier voyage.

Du paysage des trouées

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#2

Ensemble de topos littéraires que les fables évoquent et que les peintures étalent puis éclairent : Paradis, Arcadie, Pays de Cocagne ou Âge d’or, composent un répertoire de paysages dans lequel les lettrés, pseudo grecs et romains, piochaient pour remodeler leur géographie. Ils vivaient au bonheur. D’autres espéraient y atteindre. N’arrivaient qu’au plus près d’utopies. La possibilité de faire advenir un paysage en un lieu n’est pas la capacité qui soit au monde la mieux partagée – tant mieux car certains n’en veulent pas, et préfèrent se frotter les yeux jusqu’aux larmes pour laisser flotter, dans les airs, leur mirage.

Ces lieux illustres magnifiaient parfois les murs intérieurs des villas que possédaient les plus nobles aux limites extrêmes des cités, dans un joli coin de campagne. L’extérieur était accueilli dans la maison ou le paysage peint devait-il faire justement oublier l’irréductible médiocrité du dehors ? Ces peintures murales semblaient faire partie d’un art des jardins : espace délimité, aménagé, où l’on dispose surfaces et volumes, pleins et vides, lumière et ombre, puis d’une manière plus spécifique encore, ciel et terre, ville et campagne, passé et présent, éléments du paysage. Avant d’avoir une géographie, indéterminable d’avance, les paysages ont une « toponomie » : un ensemble de sites dont ils doivent reprendre ou exclure les traits ou dans lesquels ils doivent presque nécessairement, du moins préférentiellement, s’installer. Le paysage ne fut-il pas longtemps lui aussi une sorte de jardin ? Un jardin qui, même réalisé dans un lieu, continuait à n’offrir ses beautés les plus pures qu’aux yeux ?

#1

De la même manière que l’horizon dit la limite entre le visible et l’invisible, entre la terre et le ciel, l’heure dit la répartition du jour et de la nuit. Y a-t-il un lien de parenté entre les deux ? Un paysage ne pointe-t-il pas toujours qu’une seule et même heure sur la courbe du temps ? Ne serait-il pas, alors, toujours cerné d’un insoupçonnable cadran ?