S’exposer

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Perfection by Saint Huckljpg

Le scepticisme s’est longtemps entendu comme le doute, soit l’action plus ou moins étendue de suspension de toute position de pensée. Mais qu’est-ce que le sceptique au juste suspend ?

Tout ce qui protège les thèses d’une confrontation : les confirmations empiriques, les consentements collectifs, les approbations immédiates, les certitudes subjectives, les sérieuses négations. Tout ce qui soutient une proposition en lui donnant un solide fondement.

Le scepticisme expose ses affirmations à la contestation. Et met à nu la fragilité d’une parole pour en faire briller à nouveau le tranchant. Parler en sceptique ne revient pas à douter mais à se rendre éminemment critiquable.

Les propositions sceptiques sont les plus dangereuses des affirmations.

Coloniser la frontière

Les colons vivent de part et d’autre d’une frontière en mouvement. En son milieu précisément où ils installent leurs cités. Villages bâtis sur des champs de bataille encore ouverts : comment s’étonner alors de devoir compter des pertes civiles ?

Se mettre à l’abri dans un champ de mines ou sous un nuage de bombes est le nouveau pacte des sociétés civiles. De telles fondations ne mettent plus fin à la guerre, elles s’y implantent comme un affront lancé à l’ennemi.

Dire adieu

En passant

Tous les paysages sont sauvages, tous les paysages sont vus d’une ville ou d’une tour, tous les paysages sont tramés dans les contours d’un portrait. La fenêtre d’où je regarde au loin la campagne s’étaler est la transparente ouverture par où mon visage pourrait s’avancer et se montrer au dehors. Il ne se laisse pourtant pas remarquer. Surprendre, observer et décrire les portraits d’hommes sauvages, c’est forcer ce visage, le mien ou le vôtre à se montrer à la fenêtre. À faire signe avant de dire adieu au pays. Car une fois bousculés, avancés, révélés, paysage et visage ne pourront plus que se dire au revoir. Symboles sans retour.