Déchaînements

Exploration, à partir d’une série de photographies, du déroulement d’une émeute qui a eu lieu lors d’un concert donné par les Rolling Stones à Zurich le 14 avril 1967. L’idée est de se confronter à des images à la fois spectaculaires et confuses pour essayer de dégager les relations qui peuvent exister entre musique, politique et émotions. Partager ce que l’on voit en s’appuyant aussi bien sur ses expériences personnelles que sur des textes au contenu potentiellement transposable dans les images. S’inventer peu à peu, à force d’insistance, un nouveau regard. Jouer les araignées, se faire pousser avec les autres des dizaines d’yeux.

S’immerger dans le bruit – Épisode 2

Où l’on a élargi nos angles de vue
  • en découvrant de nouvelles images
  • en commençant de s’interroger, après les façons de s’habiller, de se tenir, de se montrer, bref, tout ce qui relève de la stature du corps, sur l’absurdité apparente des gestes collectifs : tirer sur un cordon, briser des chaises, lancer des objets sur scène…
  • en remarquant pour la première fois la présence du public au pied de la scène, masquée qu’elle était par l’invisible profondeur de la fosse – habituellement une piste de vélodrome – démontrant ainsi la nécessité d’une regard pluriel pour rendre la surface de l’image visible.

Où l’on a commencé à suivre la piste audio-visuelle
  • en cherchant les signes qui dans l’image marquaient la présence du son : mains levées, bouches ouvertes, corps qui gesticulent, etc., pour interroger l’implication de la musique elle-même dans le surgissement de l’émeute.

Où l’on a affiné notre compréhension de l’événement
  • en analysant la publicité ambiguë que la presse a pu en faire
  • en questionnant ce qui pouvait pousser le public à changer de comportement : temps d’attente avant le début du set des Stones, présence policière provocatrice de sentiments négatifs, impossibilité pour une partie du public de voir le spectacle, obligation d’être assis pour jouir d’une musique dansante…

Ne plus agir de concert – Épisode 1

Où l’on a commencé à explorer le lieu de l’action
  • en remarquant la profondeur de la salle, la hauteur et la distance de la scène
  • en trouvant nos repères au milieu des panneaux publicitaires
  • en se demandant si toutes les places étaient assises
Où l’on a questionné la qualification d’émeute
  • au regard de l’ambivalence des images montrant ici une sorte d’unité, là une dispersion informe
  • au regard de l’affairement de quelques-uns à côté de l’apathie, de l’indifférence ou du mépris des autres
  • au regard des troubles seulement visibles dans le désordre des chaises et des lancements de projectiles
Où l’on a questionné l’origine et la fin de l’événement
  • au regard de la régularité, même occasionnelle, de ce genre d’incidents au passage d’un groupe de rock
  • au regard de certaines situations dans lesquelles les policiers essaient d’intervenir
  • au regard de l’accueil fait aux Rolling Stones déjà à l’aéroport
  • au regard des images qui nous manquent pour le couvrir tout entier
  • au regard d’une évidence non-questionnée qui nous porte à croire que l’émeute aurait un déclenchement : moment unique, repérable dans le temps et l’espace, qui en serait la cause
Où l’on a dessiné des pistes pour circuler au sein des images
  • interroger au maximum ce qu’elles montrent pour répondre à nos questions et non faire appel systématiquement à un savoir extérieur. Faire appel aux lumières des images elles-mêmes
  • prendre les limites de fait de la documentation existante (les quelques traces qui restent) comme la condition même de notre enquête et non comme une manque. Se défaire de la mélancolie de l’effacement comme une nécessité pour inventer de nouveaux tracés historiques
  • s’appuyer sur les éléments concrets comme les postures, les allures, les vêtements pour déchiffrer les multiples sens de l’événement. Porter la confusion au milieu du réel et pas seulement dans le regard que nous lui portons. « Polytropisme » de l’événement. Il se tourne toujours dans plusieurs directions.