Ors

En passant

Qu’une denrée soit échangeable dans notre système économique suppose qu’elle soit monnayée, échangeable contre de l’argent. Or, je fais l’hypothèse qu’il a fallu, à certaines époques, peut-être au XVIe et XVIIe siècle, peut-être encore après, que chaque produit, pour devenir marchandise, ait un rapport substantiel quelconque avec l’or qui était à la fois le principe de mesure des richesses mais aussi une richesse parmi d’autres. Une propriété native, une disposition obtenue par un procédé technique, un effet conféré par l’usage, devaient, il me semble, être partagé entre chaque marchandise et le matériau qui servait de monnaie. Car contrairement à ce que l’on pense, il existe toujours un principe matériel monétaire, aussi subtil ou inapparent qu’il soit, même si la monnaie est faite de papier et se trouve gagée sur un rapport de confiance. Je pense au blé du XVIIIe siècle, au pétrole du XXe, à l’eau du XXIe. Quel serait le rapport substantiel que les produits doivent échanger avec la monnaie pour devenir marchandises aujourd’hui ? Et s’il se manifestait par cette simple question que l’on se pose en blaguant : si tout brûle, qu’est-ce que je garde avec moi ? Moi je le sais, ce sera le Livre. Le livre comme support et véhicule d’Information. Pauvre de moi.

Acclimatation

En passant

Je ne sais encore si le Nouveau Monde est devenue, comme tant d’autres territoires occidentaux, une nouvelle terre de sauvagerie ou s’il fut brusquement peuplé de sauvages sur un sol qui ne l’était pas. Je ne sais, en quelque sorte, si les Sauvages ont cessé d’être ce qu’ils étaient en Europe, c’est-à-dire des hommes des bois, des hommes, réels ou imaginés peu importe, pour qui le lieu où l’on habite, où l’on séjourne, est indissociable de la façon dont on se présente. En Europe, la forêt décidait à la fois de leur nom et de leur aspect. Mais aux Amériques ? De tels êtres pouvaient-ils encore surgir du fond des nouveaux paysages ? Et si les paysages européens s’étaient transportés aussi loin, la forêt américaine avait-elle trouvé une place dans les paysages importés ?  Une place aussi importante que celle qu’elle avait en Europe ? Je me demande comment des sauvages ont pu apparaître dans le Nouveau Monde si le site qui les abritait d’ordinaire n’était plus en mesure de faire paysage ? Les Amériques ont-elles été ensauvagées comme en Europe ou les Sauvages ont trouvé dans un nouvel élément l’espace possible de leur manifestation ? Comment l’expérience de la sauvagerie s’est-elle adaptée à ce nouveau climat ?